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lundi, 10 décembre 2007
Svetlana

Ce soir de décembre, une belle lune ronde et pleine irradie d’une clarté blanche la silhouette enfumée des cheminées de l’immeuble d’en face.
Par endroits, quelques appartements baignent dans la lumière bleutée des tubes cathodiques.
Comme chaque soir à l’heure du souper et des informations, quand les enfants fraîchement douchés sont déjà en pyjama, elle rentrera chez elle, allumera l’entrée, posera son sac et le courrier sur la table basse du salon, s’écroulera sur le petit Chesterfield pour consulter les messages du répondeur.
L’air songeur, elle restera prostrée, le regard dans le vide.
Puis elle disparaîtra un instant dans la cuisine, pour se servir un verre, reviendra dans le salon, ouvrira fébrilement son paquet de lettres ou de factures, passera quelques coups de fil avant d’allumer la télévision.
Depuis qu’elle s’est installée dans ce petit studio du troisième, Fanny semble mener une vie de célibataire sans surprise et sans sourire. Je l’ai baptisée Fanny dès sa première apparition. Ce nom lui va bien.
Fine et longue, blonde et pâle comme un cierge de cathédrale, elle porte les cheveux longs bouclés, défie la mode avec des petites robes classiques à coupe simple qui ne retirent rien à sa beauté sobre et troublante.
Le génie du poids des ans n’a pas altéré la jeunesse enfouie dans ce corps d’adolescente de quarante ans.
J’imagine qu’elle doit travailler dans une boîte où on ne compte pas le temps. Secrétaire ou femme d’affaires, elle ne connaît pas les trente-cinq heures, toute dédiée à un patron qui abuse de sa faiblesse de femme seule dans cette période de récession.
Après un petit tour dans la salle de bain, elle apparaît dans son long peignoir blanc, brosse longuement sa chevelure volumineuse avant d’attaquer un plateau télé de fond de frigo.
Elle n’a pour ainsi dire jamais de visite et je ne lui connais pas d’amoureux, ni de famille.
Elle meuble sa solitude en écoutant de la musique jusqu’à des heures tardives.
Parfois, je la surprends dansant un slow langoureux avec un partenaire imaginaire en attendant de trouver le sommeil. Ce moment d’émotion fragile et désespérée semble griser son âme d’impressions folles, de pensées inavouables.
Cette scène souvent répétée précède l’heure où elle regagne sa chambre, elle se termine la plupart du temps dans les larmes et les sanglots étouffés.
Mais ce soir, Fanny n’est pas rentrée. Je regarde les heures défiler et j’attends. Un étage plus bas, c’est Luc. Il est illustrateur free-lance, surfe beaucoup sur internet pendant la journée et dessine surtout le soir, jusque tard dans la nuit. Mais ce soir, Luc ne travaille pas. La table est dressée avec les bougies.
Ça sent le dîner en tête à tête. Quelqu’un sonne à sa porte. Il enlace délicatement la silhouette de femme, porte un baiser au cou. Cette allure, cette chevelure, je les connais. Fanny est joyeuse et légère. je ne l’ai jamais vue sourire ainsi. Fanny est amoureuse.
Trois jours plus tard, au petit matin, Luc l’interpelle dans la rue :
- Svetlana !
De sa main ouverte, il lui envoie un baiser aérien.
De ces baisers qu’on ne voit qu’au cinéma.
Fanny n’existe pas.
© Texte et illustration : Miriam Naïli
14:50 Publié dans Sourire | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : FEMMES
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Commentaires
J'ai frissonné à cette métamorphose d'une Fanny imaginée en une Svetlana heureuse et amoureuse. Mimi, tu dis si joliment les choses, j'adore le regard que tu portes sur celles-ci !
Ecrit par : Caro La vie en rose | mercredi, 28 septembre 2005
Ton commentaire est une belle récompense pour toutes ces heures de travail...
Merci Caro.
Ecrit par : mimidup | mercredi, 28 septembre 2005
Pas facile de s'adapter à une nouvelle culture... bon... elle est belle, grande et blonde, ça facilite les choses!
Ecrit par : Dwelsch | lundi, 24 octobre 2005
Vi ! Pas pour tout le monde...
Ecrit par : mimidup | lundi, 24 octobre 2005
vibrant portrait de femme que celui que tu nous livres là ;-) Ah si meetic avait pu me faire rencontrer un Luc!!! Bisous miriam, si je suis moins présente c'est because of my work mais je ne t'oublies pas...
Ecrit par : Maylis | vendredi, 19 mai 2006
AH Luc...
Smackkkk Maylis !
Et bon courage pour ton boulot...
Ecrit par : Mimi | vendredi, 19 mai 2006
Quel vibrant et touchant témoignage à la nature humaine. On se réconcilierait avec le genre humain.
Ecrit par : frank | samedi, 20 mai 2006




