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samedi, 10 novembre 2007

Les temps ont changé

 


 

 

- "Mon petit voisin est homosexuel.
J’en ai eu la confirmation hier soir.
Un jeune homme s’est présenté à sa porte vers vingt- trois heures environ.
Moi, je n’avais pas sommeil, alors j’ai regardé au judas. Et je les ai vus se faire la bise.
Remarquez, je n’ai pas tenu la chandelle et ça ne me fait ni chaud ni froid, chacun fait ce qu’il veut, on est en République.
Mais, quand je vois ce garçon beau comme un dieu, intelligent, sans femme et sans enfant, ça me fait quelque chose.
Je crois qu’il est attaché parlementaire ou un truc dans le genre. En plus, il est sportif.
Il a vraiment tout pour lui. Je trouve que c’est du gâchis.
Quand je pense à ma fille.
Je me dis que les choses sont quand même mal faites. Elle aussi est seule.
J’ai cru qu’elle se marierait, qu’elle nous ferait des petits enfants, et puis elle vient de fêter ses quarante ans. Personne en vue. Alors je suis un peu déçue.
Je pense que je vais lui parler sérieusement.
Je trouve qu’elle s’investit trop dans son travail. Elle pourrait sortir, se changer les idées.
Pensez-vous !
Elle reste cloîtrée chez elle à regarder la télévision.
Je ne comprends pas.
Je l’ai pourtant bien éduquée.
Elle a toujours fait ce qu’elle a voulu.
Je lui ai même présenté des garçons très bien.
Les fils de mes amies. Des bons partis en plus...
Des médecins, des avocats, des ingénieurs.
Mais il n’y a rien à faire. Elle est un peu sauvage.
J’avoue que ça me désespère.
Pour moi ça a été plus simple.
Edmond était employé chez mon père.
Il a repris l’affaire et nous avons eu Catherine.
Ça s’est passé comme une lettre à la poste. Remarquez, nous sommes fiers d’elle.
Depuis deux ans elle est totalement autonome.
Avec son cabinet, elle subvient à ses propres besoins à présent, et sa clientèle est très contente.
Heureusement qu’elle a Isabelle, son amie d’université. Elles sont col de chemise toutes les deux.
D'ailleurs, Isabelle aussi est célibataire.
Je ne lui ai jamais connu de petit ami.
Pourtant elle est mignonne et drôle.
Son père était agriculteur, je crois, et sa mère est décédée en couche. La pauvre.
Alors, avec ma fille elles ont un peu recréé une petite famille. Elles se voient trois fois par semaine.
Chez l’une, chez l’autre...
Elles sont complices comme deux sœurs.
J’espère qu’elles auront tout de même l’occasion de rencontrer de charmants garçons !
Mais ma fille ne veut rien savoir, elle dit que je ne peux pas comprendre, que les temps ont changé, que les garçons sont portés sur la chose, rien de plus.
Elle a l’air blasée.
Je pense qu’elle s’est un peu découragée, mais ça ira.
Il faut bien que jeunesse se passe.
En tout cas, heureusement qu’elle a Isabelle.
Bon. Je vous laisse. Catherine m’a dit de réserver ma soirée.
Elle a quelque chose d’important à m’annoncer.
Qui sait ?
Elle a peut-être rencontré l’homme de sa vie !
Je vous tiendrai au courant.
 
A bientôt ! ”

© Texte et illustration : Miriam Naïli


 

Trackbacks

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Commentaires

Heureusement les moeurs changent, il n'est plus neccessaire d'attendre si longtemps pour rassurer ses proches.
Myriam, merci de nous livrer ces moments de vie.

Ecrit par : Angelina | dimanche, 02 octobre 2005

J'aime beaucoup ce texte et sa légère amertume.

Ecrit par : Telle | jeudi, 17 août 2006

Qui a dit que la femme est le devenir de l'homme?

Ecrit par : Marcel | mercredi, 23 août 2006

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