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dimanche, 30 décembre 2007

La paix déménage

 

Ces jours-ci, elle n'est pas dans son assiette.
Elle sourit peu, pleure souvent, oublie parfois de me nourrir ou de me changer. Elle a l'air fatiguée, perturbée.
Quelque chose semble la chiffonner. Je suis assis sur le carrelage, dans le petit corridor attenant au salon. Elle est plus tranquille pour parler au téléphone, "sans enfant dans les pattes", comme elle dit. Avant, elle a eu sa mère pendant une bonne heure. Après, c'était Julie, puis Barbara. Maintenant, je ne sais pas. Elle parle beaucoup, soupire aussi.
Un vent glacial souffle sous la porte d'entrée.
J'ai un peu froid.


- “Allô, on a failli être coupées.
 Comment ? Bof. Couci-Couça. Tu sais, ça n'est pas facile. Ça crie, ça grogne, ça braille, ça chiale, ça se mouille. Quand c'est sale, ça pue, ça réveille la nuit, ça ne pense qu'à bouffer.
Jamais je n'aurais cru que ça créerait autant de tensions entre nous. Il ne s'en occupe presque pas. C'est comme s'il n'avait pas compris qu'il était son père. Lui, ce qui l'intéresse, c'est de s'amuser, il veut qu'on prenne une baby-sitter pour sortir le soir, comme avant. Moi, je suis crevée, je suis à bout. Il pleure toutes les nuits, à quatre heures pile. Quatre heures... Va savoir pourquoi !
Ça énerve son père qui dort dans le salon maintenant. Pourtant, au début je m'étais dit qu'avec un peu de stoïcisme, la partie serait gagnée. Penses-tu !
Avec le temps, c'est pire. Tu imagines ?  Ce mioche est un vrai tyran. Quoi qu'on fasse, il piaule. Il veut toujours être dans les bras. Pourtant, je l'ai dressé à rester seul de longues heures ; dans sa chambre le matin et ensuite dans son parc jusqu'à quatre heures. Mais, il n'y a rien à faire. Il n'est jamais content. Il rouspète quand je ne l'habille pas assez vite ou quand je lui essuie le bec. Si je le couche alors qu'il veut être assis, il pousse des cris perçants. Ça me désespère. En plus, il touche à tout. Alors j'ai fait le vide autour de lui. De toute façon, il n'aimait pas les jouets. A vrai dire,  il n'y a que son père qui l'intéresse. Il dit toujours des tas de "papa", peu de "maman". Beaucoup de charabia. Ma mère dit que je vais avoir du fil à retordre avec ce môme. C'est vrai, il est tellement capricieux. Il gémit sans cesse, grogne, serre les poings de colère et devient rouge pour n'importe quoi. Quand je lui dis "non" sèchement, il s'assied sur les talons, baisse la tête et se pince le bras avec la main gauche. Il a les bras plein de bleus. Tu vois le tableau ?
Comment ? Antoine ? Tu parles, il n'est jamais là. Monsieur a beaucoup de travail, alors tu comprends ! De toute façon, je te dis, rien n'est plus pareil entre nous. On s'énerve pour un rien, il me reproche le désordre dans la maison. Le soir, il rentre quand je suis déjà couchée. Le matin, il file avant que je me lève, et le week-end, il n'y en a que pour ses copains. Il ne m'a pas touchée depuis janvier. Un deuxième ? Tu dérailles ! J'ai bien assez avec celui-là ! D'ailleurs, je vais te laisser parce que je ne l'entends plus là. Comment ? Ecouter notre conversation ?
Tu plaisantes ! Et pourquoi ne pas faire un rapport aussi ? Pardon ? Les enfants comprennent tout !  Ah ! je te reconnais bien là, toi et ta psychologie à tout va...  Bon, allez, je te laisse, je dois changer le monstre”.  

© Texte et illustrations : Miriam Naïli

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Commentaires

C'est couvert, avec des éclaircies passagères...

(non, non, je ne travaille pas à la météo ;)

Ecrit par : Dan | samedi, 18 février 2006

Glaçant... et très crédible !

BiZouX doux Mimi !

Ecrit par : Caro La vie en rose | mercredi, 15 mars 2006

Un texte émouvant Miriam !

Ca me rappelle une petite phrase, entendue il y a bien longtemps :
Et maintenant que vais-je bien faire de toi ?

Question qui est restée sans réponse…
J’ai eu aussi un peu froid…

bec’

Ecrit par : becdanlo | dimanche, 04 juin 2006

au début je me suis demandée si tu parlais d'un chaton ta conclusion fait froid dans le dos, brrrrrr! bisous miriam

Ecrit par : Maylis | dimanche, 04 juin 2006

--> Becdanlo : Et maintenant tu es mon ami, mon Bec !
--> Maylis : j'aime te surprendre... Hiiiiii !
Gros bisous du lundi à tous les deux

Ecrit par : Miriam | mardi, 06 juin 2006

Malheureusement ça existe.
On ne sait pas réellement à quoi on s'engage quand on fait un enfant, et on en a pour la vie. Il y a des femmes qui ne sont pas faites pour ça...
Et cela fait des enfants mal aimés.

Ecrit par : Amande | lundi, 26 juin 2006

D'accord avec Amande.
Mimi, le ton si naturel que tu emploies donne tout son réalisme à une situation assez répendue, trop répendue... J'en ai un frisson dans tout le corps. J'ai trois enfants, le père, toujours "absent", mais jamais j'aurais pu dire ça de mes poussins, jamais... Même si ça braillait aussi, même si les premiers mois je n'étais qu'une espèce de vache à lait, lave-fesses, doudou etc. L'enfant n'a pas demadé à venir, les parents (les deux!) se doivent de l'élever, de le protéger et surtout de l'aimer.

Ecrit par : l'olive | jeudi, 31 mai 2007

C'est terrible ce que tu racontes là...trop crédible, hélas...ça pourrait être le début d'un polar...

Ecrit par : tifenn | vendredi, 01 juin 2007

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