lundi, 22 juin 2009

Monsieur Denis

 

Médina web.jpgJ'avais cinq ans et toi probablement soixante-dix printemps. Je me souviens de toi, auguste vieillard, passant de mes balades enfantines. Chaque jour à la même heure, tu sortais te promener avec ton chapeau de monsieur et ta canne droitière. En te voyant, j'abandonnais ma mère, quelques pas derrière,  pour accourir à ta rencontre. 
Rituel précieux des fins d'après-midi... D'un geste fébrile, ta fine main diaphane, plongeait dans la poche profonde de ton long manteau gris, pour chercher un bonbon à la réglisse. Modeste trophée... Récompense d'exister. Ton visage exprimait la joie profonde que te procurait ce moment de grande complicité silencieuse. Et mon sourire ensoleillé en te voyant, réanimait pour un instant la flamme incandescente de l'âtre de tes yeux, comme pour prolonger tes vieux jours. Un jour, puis deux, je t'ai attendu, mais tu n'es pas venu. Je ne t'ai plus revu et je n'ai pas compris.
Étranger familier. Passant d'un jour. Grand-père des trottoirs et de mes jeunes années... Par ton geste généreux, tu as répandu une pluie de roses sur ma vie.
Tu m'as donné le goût des petits riens qui changent le gris en bleu. C'est mon héritage de toi et je t'en remercie. Alors, chaque fois que je mange un bonbon à la réglisse, mes pensées s'évadent vers ces lointains instants...
Monsieur Denis, je pense à vous.

© 2000 Miriam Naïli

Portrait au pastel : "La Petite porteuse d'oranges" 2006 (VENDU)

Trackbacks

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Commentaires

Merci.

Ecrit par : torche | mercredi, 19 avril 2006

« Les gens de peu» de Pierre Sansot
« Le goût des petits rien » de Miriam

Tous deux nous ramènent à « l’essentiel »
La source de la sagesse !

Bec’

Ecrit par : Becdanlo | mercredi, 19 avril 2006

Et bien pour moi, c'est pareil !
Chaque fois que je lis tes textes sucrés-salés, mes pensées s'évadent vers toi...
Chaque fois que je rencontre une de tes poésies vanille, mon coeur bat un peu pour toi...
Chaque fois c'est doux comme le caramel ou piquant comme la menthe...

Ecrit par : Tiaâ | mercredi, 19 avril 2006

Ahhh...!
Monsieur Denis.... mon prefere,
peut etre le premier texte que j'ai lu de toi
et je l'aime encore comme au premier jour.
Un vrai bravo pour un vrai texte qui ne passe pas.

Ecrit par : mily | jeudi, 20 avril 2006

Paris, Ma Belle!

Si t'aimer est errone
je ne veux pas avoir la raison

Oh Paris .. Je suis dans tes bras,
Je suis dans ta vie

vien ma jolie..
vien ma jolie..

Si t'aimer est errone
je ne veux pas avoir la raison
Sourires

DS d'amerique

Ecrit par : DS d'amerique | jeudi, 20 avril 2006

oh merci..ca m'a rappele avec vos mots mon pape Ours a moi qui me donnait ses vieux bonbons ..et qui m'a donne a vie un gout incontrolable pour la reglisse

Ecrit par : marie | lundi, 26 juin 2006

Oh c'est touchant, c'est joli... bien écrit.
Ca me rappelle des souvenirs également...
waw :o)

Ecrit par : Beside | mercredi, 17 janvier 2007

Touchant, "vrai", si finement écrit et ressuscité d'entre tes souvenirs... On a envie d'être l'un de ces deux personnages, ou le ciel bleu et les pigeons autour... Tu écris comme tu peins tes autoportraits et portraits, chère Miriam : avec ton âme... Et j'imagine qu'ellle est magnifique... D'ailleurs j'ai ouvert hier soir un Grand Concours d'âmes (se la représenter ou celle d'autrui): voudrais-tu participer ? Trois options.... et la limite de l'aparition du printemps - 21 mars... Bises.

Ecrit par : dourvac'h | jeudi, 07 février 2008

très beau blog...

Ecrit par : hortensia | mercredi, 22 juillet 2009

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