lundi, 27 avril 2009

LES MAINS

 

Méharée Web.jpg

 

 

 

Ce soir, une chaleur douce et subtile, envahit tout mon être.

Je suis seule dans cette petite pièce feutrée qui me sert de bureau.

Je ne pense à rien, absolument à rien.

Et puis mon cœur se remplit lentement d’un sentiment intense de plénitude. Quelque chose de pur et de fort ; si fort, que j’impose à mon âme le silence, comme lorsque l’on franchit les portes d’un temple.

C’est doux et paisible, infiniment bon. 

Bercée dans la douceur du soir, je laisse mes pensées s'évader.

 

Je vois des contrées lointaines.

Un vent léger souffle dans le désert.

Des cris d’enfants percent derrière la colline ensablée.

Là-bas, sous une tente, un homme prépare du thé.

Le buste penché sur l’eau bouillonnante, concentré, silencieux, il exécute le rituel des sages, de main de maître, comme un prince rescapé d’un royaume évanoui. Et je regarde ses mains.

Elles sont posées là, sur ses genoux.

Je les observe, tandis qu’il commence à parler calmement, prenant son temps et pesant ses mots.

Blanches et pures, ces mains sont singulières, presque féminines par la finesse et la fragilité des lignes. L’homme qui est devant moi, est beau comme dans les contes. Sa longue barbe blanche nargue le noble saroual bleu marine où la poussière n’a pas le temps de se poser. Ses mots, ses gestes, me baignent dans un moment d’infinie tendresse, une autre appréhension du monde. Et je regarde ses mains.

Ses mains parlent du bonheur d’être vivant, présent aux êtres et aux choses. Elles ont la clé du temps, qui s’arrête pour contempler la vie. Ses mains n’ont rien d’artificiel. Le sang coule lentement à travers les veinules bleutées éternelles.

Et il se met à parler. Il dit :

- “L'autre peuple ma vie de milliers de couleurs, d’images, d’odeurs et de bruits. Ces sensations, je les aime et les cultive au présent car elles sont la manne du vivant, le parfum de l’humanité qui palpite en chacun de nous. Jeune ou vieux, riche ou pauvre, d’ici ou d’ailleurs, malade ou bien portant, bon ou mauvais. Partout les hommes se croisent, se côtoient, se saluent même parfois, mais ils ne se connaissent pas. Pourtant, le regard de l'autre trahit ses douleurs, ses doutes, ses questionnements et les vides auxquels on fait face souvent seul.”

Il dit :

- “Le bonheur, c’est maintenant.

C’est quand je te regarde, c’est quand je pense, quand je sais, que tu es là.

Ta présence m’enchante et me ravit.

C’est simple.

Prendras-tu du thé, ma gazelle des sables ?”.

Magnifique attention que ce geste majestueux, distillant le brûlant breuvage dans un modeste pot de terre moulé aux heures fraîches de la nuit."

Et je regarde ses mains.

Ses mains sont chaudes comme les étoffes qui sèchent au soleil, plus loin.

Les ongles lisses et soignés, ressemblent à ceux d’un nouveau né. Un léger duvet, de tête de poussin, auréole la peau tendre du vieillard bientôt centenaire, d’un blond qui me rappelle les champs de nos campagnes juste avant la moisson.

Des mains discrètes mais sûres, dispensant la bonté en flots d’amour.

Elles s’ouvrent par moment pour ponctuer des phrases pleines de sens.

Ces mains qui n’ont pas eu peur de porter une caresse à l’affligé, le réconfort d’une sensuelle sollicitude posée là sur l’épaule.

Et je sens qu’il est temps de rentrer.

Je m'éteins lentement dans la douceur du soir.

Je referme ce livre de chevet qui parle d’Orient, de myrte et d’amour.

 

Voisin de mes songes.

Toi, mon autre,

Toi, mon bien.

Tu m'offres les délices réservés aux rois,

ceux que l'on vit pleinement

mais dont on ne parle pas.

© 2006 Texte et peinture : Miriam Naïli

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Commentaires

Les mains de l'homme bleu
Et les dattes qui perlent sur la tête

Écrit par : Gondolfo | lundi, 27 avril 2009

C'est avec grand plaisir que je découvre votre blog et vos très beaux textes. Les petits gestes d'affection, des regards échangés, voilà ce qui fait notre humanité, et vous l'évoquez parfaitement.
Cordialement.

Écrit par : Juntos | vendredi, 26 juin 2009

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