mardi, 11 mars 2008

Transports en commun

 

 

 

 

 

Un homme regarde une femme.
Il ne sait goutte d’elle,
Sinon ce doux parfum lorsqu’elle traverse ici.
Seulement, le bruit d’étoffe,
Le petit pas pressé,
Le clairon d’une voix qui salue au passage…
Sinon l’altière allure,
Le petit port de tête, la chevelure divine,
Et cette main gracieuse, tendue et quelques pièces,
Les nouvelles qu’elle emporte.
Il se ferait journal, pour être pris comme si,
Contre cette poitrine et la fleur à la broche.
Il se ferait gros titre, pour être lu ainsi,
Effeuillé dans la foule en attendant ce bus,
Caressé du regard distraitement. Nerveux.
Il balbutie des phrases, dans sa tête, comme un rêve.
Il dit des mots velours que personne n’entend,
Comme l’on répète un texte juste avant de jouer.
Il les connaît par cœur depuis le temps passé :
« - Vous… Et si vous permettez. Je… ». Silence.
Des mois que cela dure…
Un homme écoute une femme.
Elle est au téléphone et le sourire radieux,
Un baiser sur les lèvres tendu vers l’Invisible.
Un amoureux fiévreux à l’autre bout du fil ?
Un tout petit enfant ? Une amie ? Une idylle ?
Un homme regarde une femme.
Il ne retient rien d’elle,
Sinon ce doux refrain lorsqu’elle descend ici.
Rien qu’un regard, rapide, délicatement sur lui,
Et ces mots qu’elle adresse timidement aussi :
« Je… Et si vous permettez. Vous… ».
Frôlement. Battements de cœur. Serré.
Balbutiements : « - Pardon ! ».
Cet Inconnu l'attire...
Elle se faufile.
Demain il osera. Promis.
Elle file.
Le temps aussi.

 

© Texte et illustration : Miriam Naïli

vendredi, 01 décembre 2006

Pas de deux

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"Ces rares instants où l'on est heureux de partout"

Jules Renard

 

 

 

Une trace de temps au coin de l'oeil

De la poussière sur les cheveux

Tout près de la rue de Mareuil

Il se sent libre il est heureux

 

Il pourrait vivre mille vies

Boire aux fontaines jusqu'à la lie

Suivre le vent d'une symphonie

Ce serait deux heures un vendredi :

 

" - Mademoiselle, vous êtes belle

Je passais et je vous ai vue

Je crois bien que vous êtes celle

Pour qui je me mettrais à nu...

 

Le procédé n'a rien de bête

Elle rit à gorge déployée

Et dans sa tête, c'est la fête

Et pourquoi pas, puisqu'on y est

 

...

 

Sur le parquet du cinquante mètres

On a retiré les vêtements

Un oiseau passait par la fenêtre

On se quittera évidemment

 

 Et il emporte cette histoire

Une bouche affolée, des cheveux

Ca fera joli dans son grimoire

Tout ce qu'il veut, c'est être heureux

 

 Pas  deux

 

 © 2006 Texte et illustration : Miriam Naïli-Dupont