samedi, 03 mai 2008

"Lettre à une passante"

 

Je vous ai croisée un jour par hasard. 

Etait-ce dans un café, une gare, un square ?

Ou bien dans le métro, un matin ou un soir ?


Vous étiez lointaine, et secrète.


Pourtant, un instant, dans vos yeux grands ouverts,

j’ai plongé, et j’ai lu une histoire de votre âme. 

Quelque chose d’éternel : une émotion cachée,

une parcelle de mémoire, une trace d’humanité.

Je les ai trouvées belles et je les ai gardées sur du papier. 

 

Miriam Naïli

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Je réalise la plupart de mes portraits au pastel.

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© Copyright - Création protégée par les lois  sur le droit d'auteur et la protection de la propriété intellectuelle. Il est strictement interdit de la reproduire, dans sa forme ou son contenu, totalement ou partiellement, sans un accord explicite de son auteur. Membre de la  SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) et de La  Sacem depuis 1995.  

 

lundi, 11 février 2008

Vous voulez ma photo ?

 

 

(Café de la Comédie. Quinze heures).

- Garçon ! Un demi s’il vous plaît.
Je pense qu’on ferait mieux d’arrêter là.
Ne cherche pas à comprendre.
Cette relation ne mène nulle part et vois-tu, je ne veux plus perdre mon temps et mon énergie dans ces engueulades interminables.
On s’est aimé, on ne s’aime plus, on n’est certainement pas les premiers, ni les derniers. Alors s’il te plaît, facilite-moi la tâche, ne gâche pas ce dernier moment.
Comment ça, j’y vais un peu fort ? 
De toute façon, tu n’es jamais content.
Pour un oui pour un non, tu te mets dans tout tes états. Arrête je te dis. Enlève ta main.
- Garçon ! Un demi s’il vous plaît. Oui c’est le troisième, et alors ?
Elle fume cigarette sur cigarette.
Ces mains tremblent un peu. Elle hausse le ton.
- Les hommes sont tous les mêmes.
Egoïstes, arrogants, profiteurs. Ils veulent qu’on soit leur mère, leur maîtresse, leur p.... et leur boniche bien sûr ! Mais, moi. Moi, tu vois, j’en ai ma claque.
Pour toi, j’ai tout sacrifié. J’ai quitté José. J’ai abandonné ma carrière. Je t’ai suivi dans ce trou pourri.  Résultat ? J’ai tout perdu, même mes amis !
Je suis la reine des cloches. Et dire que je croyais au prince charmant. Et bien merci ! Pauvre type. A cause de toi, j’ai gâché toutes ces années. Quant à tes "potes", comme tu dis si bien, n’en parlons pas. Ils puent le fric et la frime. Tous des faibles. Non, je n’arrête pas. Je parle fort si je veux.
(Toujours plus fort)
Tu veux que je parle de ta mère et de ta sœur peut-être. Lâche-moi le bras ! Je dis ce que je veux.
J’ai porté notre couple à bout de bras.
J’avais pour un temps besoin d’une ombre dans ma vie, d’un mec faible pour me sentir utile, indispensable.
Eh bien, c’est terminé ! Le sacrifice a ses limites.
“Mère Thérèsa” a rendu son tablier. Tu as l’air d’oublier que je suis une femme.
Oui, je suis une femme ! Et une femme c’est fragile mon gars. J’ai besoin d’être aimée moi aussi... Protégée par un homme, un vrai.
- Garçon ! Un demi
Et qu’est ce qu’elle a à me regarder celle-là ? C’est ça !
Ecoutez les conversations des gens, pendant que vous y êtes ! Vous voulez ma photo ?
Les gens sont vraiment sans gêne. Tous les mêmes.
Ils s’assoient à la table juste à côté, vous épient, se régalent avec vos problèmes. Il faut croire qu’ils s’emmerdent. Comme si la télé ne leur suffisait pas.
J’en ai marre de tous ces connards.
Elle se penche vers lui, murmure à son oreille
Toi au moins, t’es pas comme eux, mon chéri.
Tu me comprends...

Dis, tu m’aimes ?                                                              

© Texte et illustration : Miriam Naïli

mardi, 05 février 2008

La pointure

 

 

 

Quand je l'ai épousé, j'étais jeune et naïve. Je croyais que c'était pour la vie. Je croyais que nous serions heureux, et que nous aurions beaucoup d'enfants. Je croyais qu'avec lui, je vivrais des choses extraordinaires et uniques.
Je croyais tout ce qu'il me disait, tout ce qu'il me promettait. Je le croyais romantique, il s'est très vite avéré sadique. Je le croyais vaillant, il était fainéant. Je le croyais heureux, généreux, il était vieux jeu, peureux, envieux.
Je le croyais sincère, il était pervers.
Avec le temps, j'ai compris qu'il faut réfléchir à deux fois avant de s'engager avec quelqu'un. Alors j'ai décidé qu'après le divorce, je prendrais mon temps pour trouver chaussure à mon pied. Une chose est sûre en tout cas, c'est que le prochain sera


Fidèle
Amoureux
Noble
Travailleur
Artiste
Sensationnel
Merveilleux

Emouvant

 

 

© Texte et illustration : Miriam Naïli

mercredi, 23 janvier 2008

Vie de modèle, modèle de vie ?

Etre

Fillette  

Demoiselle

Donzelle  

Nana

Muse

Amante  

Maîtresse

Régulière

Compagne

 Concubine

Conjointe

Légitime

Epouse

Bobonne

Bourgeoise

Bonne femme

Personne.........................

 

 

...

 

 

© Texte et illustration : Miriam Naïli

lundi, 10 décembre 2007

Svetlana

 

Ce soir de décembre, une belle lune ronde et pleine irradie d’une clarté blanche la silhouette enfumée des cheminées de l’immeuble d’en face.
Par endroits, quelques appartements baignent dans la lumière bleutée des tubes cathodiques.
Comme chaque soir à l’heure du souper et des informations, quand les enfants fraîchement douchés sont déjà en pyjama, elle rentrera chez elle, allumera l’entrée, posera son sac et le courrier sur la table basse du salon, s’écroulera sur le petit Chesterfield pour consulter les messages du répondeur.
L’air songeur, elle restera prostrée, le regard dans le vide.
Puis elle disparaîtra un instant dans la cuisine, pour se servir un verre, reviendra dans le salon, ouvrira fébrilement son paquet de lettres ou de factures, passera quelques coups de fil avant d’allumer la télévision.
Depuis qu’elle s’est installée dans ce petit studio du troisième, Fanny semble mener une vie de célibataire sans surprise et sans sourire. Je l’ai baptisée Fanny dès sa première apparition. Ce nom lui va bien.
Fine et longue, blonde et pâle comme un cierge de cathédrale, elle porte les cheveux longs bouclés, défie la mode avec des petites robes classiques à coupe simple qui ne retirent rien à sa beauté sobre et troublante.
Le génie du poids des ans n’a pas altéré la jeunesse enfouie dans ce corps d’adolescente de quarante ans.
J’imagine qu’elle doit travailler dans une boîte où on ne compte pas le temps. Secrétaire ou femme d’affaires, elle ne connaît pas les trente-cinq heures, toute dédiée à un patron qui abuse de sa faiblesse de femme seule dans cette période de récession.
Après un petit tour dans la salle de bain, elle apparaît dans son long peignoir blanc, brosse longuement sa chevelure volumineuse avant d’attaquer un plateau télé de fond de frigo.
Elle n’a pour ainsi dire jamais de visite et je ne lui connais pas d’amoureux, ni de famille.
Elle meuble sa solitude en écoutant de la musique jusqu’à des heures tardives.
Parfois, je la surprends dansant un slow langoureux avec un partenaire imaginaire en attendant de trouver le sommeil. Ce moment d’émotion fragile et désespérée semble griser son âme d’impressions folles, de pensées inavouables.
Cette scène souvent répétée précède l’heure où elle regagne sa chambre, elle se termine la plupart du temps dans les larmes et les sanglots étouffés.
Mais ce soir, Fanny n’est pas rentrée. Je regarde les heures défiler et j’attends. Un étage plus bas, c’est Luc. Il est illustrateur free-lance, surfe beaucoup sur internet pendant la journée et dessine surtout le soir, jusque tard dans la nuit. Mais ce soir, Luc ne travaille pas.  La table est dressée avec les bougies.
Ça sent le dîner en tête à tête. Quelqu’un sonne à sa porte. Il enlace délicatement la silhouette de femme, porte un baiser au cou. Cette allure, cette chevelure, je les connais. Fanny est joyeuse et légère. je ne l’ai jamais vue sourire ainsi. Fanny est amoureuse.
Trois jours plus tard, au petit matin, Luc l’interpelle dans la rue :
- Svetlana !
De sa main ouverte, il lui envoie un baiser aérien.
De ces baisers qu’on ne voit qu’au cinéma.
Fanny n’existe pas.

© Texte et illustration : Miriam Naïli

lundi, 02 juillet 2007

Les quatre vérités

 

 

Elle t'a quitté ?


Je suis désolée.
Mais tu sais, sans vouloir me mêler de ce qui ne me regarde pas, pour toi, c'est tout bénef.
Une de perdue, dix de retrouvées...
Enfin dix de retrouvées, il faut le dire vite !
C'est peut-être un peu beaucoup...
Disons deux ou trois, ce serait déjà pas mal.
Parce que de nos jours, les filles bien, j'entends belles, intelligentes et modestes, ça court pas les rues. Par contre, des nanas comme Corinne, crois-moi, on en trouve à la pelle, pas de souci ! D'ailleurs, je ne comprends toujours pas comment un mec raffiné comme toi a pu sortir avec une pouf pareille. Zéro charme, zéro culture, zéro humour... Et complètement nombriliste par-dessus le marché ! Il n'y en avait que pour sa pomme. Souviens-toi. Elle passait son temps à te couper la parole. Tu ne pouvais jamais finir une phrase. En plus, elle était lourde comme c'est pas permis. Lourde dans tous les sens du terme d'ailleurs. Je dirais même plus, elle était moche si tu veux mon avis. Aucun style, aucune classe...
Sans compter qu'elle était loin d'être sympa avec toi. Toujours à se plaindre, jamais contente... Et puis, surtout, tu n'imagines pas toutes les conneries qu'elle a pu me raconter sur toi, sans prendre de gants en plus ! Elle m'a tout, absolument tout raconté sur votre couple.
Le sexe, l'argent, la famille et j'en passe. D'abord, au lit, elle m'a dit qu'elle s'ennuyait avec toi, que c'était toujours la même chose, qu'il n'y avait pas de nouveauté, pas de fantaisie, pas de plaisir.
Côté fric, elle m'a dit qu'il n'y avait pas plus radin que toi, que tu parlais tout le temps d'argent, que tu trouvais tout toujours trop cher, et que du coup, elle n'avait jamais de fleurs, jamais de cadeaux, jamais de ciné, jamais de resto. Quant à ta famille, n'en parlons pas. Elle a habillé tout le monde pour l'hiver...
"Tous des dégénérés là-dedans. Une mère omniprésente, des frères tous plus débiles les uns que les autres, des belles-sœurs hystériques, des gosses mal élevés, des repas de famille interminables, des problèmes d'héritage à n'en plus finir, la “beauferie” par excellence."
Voilà, texto, ce qu'elle m'a dit de ta famille.
Alors tu vois, il n'y a franchement pas de quoi la regretter !
Moi, je pense qu'en fait, elle ne te méritait pas. Je pense qu'elle n'a pas su voir qui tu étais.
Je pense qu'elle n'a pas compris qu’il te fallait une femme douce, gentille, compréhensive, disponible, sensible et intelligente.
Une femme ouverte, qui t'admire, qui sache te parler, t'écouter, te soutenir quand tu te sens perdu, quand tout va mal, comme maintenant.
Comme maintenant.

© Texte et illustration : Miriam Naïli

mardi, 26 juin 2007

Mon amour


Mon amour,

Qu’a-t-il donc pu te passer par la tête pour décider d’une fin aussi brutale entre nous, sans même me consulter ? Qu’ai-je donc fait pour mériter cette vexation suprême ? Et pourquoi as-tu signé ta lettre « Ton amour », alors que tu souhaites en rester là avec moi ? Quoi qu’il en soit, j’ai décidé que je ne me battrai pas. Je respecte ton choix…

Par contre j’aimerai te poser une question, simple et directe :

Pourrais-tu me dire à quelle heure nous avions l’habitude de nous voir…

Etait-ce le matin avant 6 heures, le midi, l’après-midi, de 5 à 7, à dîner ou la nuit ?

J’aimerais savoir lequel de mes amants m’a écrit pour éviter d’attendre demain pour rien…

Je t'embarrasse

Je t'embrasse

Amourette

©  Texte et illustration : Miriam Naïli

jeudi, 17 mai 2007

Le rêve

Non, je ne fais pas la tête. Je n'ai aucune raison d'être de mauvaise humeur. Je ne suis pas en forme, c'est tout. C'est comme ça depuis ce matin. Je me suis levée avec un de ces cafards ! Depuis, j'ai comme une espèce d'angoisse avec une boule, là ! Ça doit être à cause de ce fichu rêve. Enfin, un rêve, il faut le dire vite, disons plutôt un horrible cauchemar, tout noir avec plein d'angoisses. Un cauchemar épouvantable comme on n’en fait jamais. Celui-là, je ne suis pas prête de l'oublier. Et même si je sais pertinemment qu'il ne s'agit que du fruit de mon imagination, j'ai besoin d'en parler, je dois t'en parler. J'ai rêvé que je prenais ma voiture et que je ne savais plus conduire, que je roulais en sens inverse, que tout le monde me klaxonnait dans la rue, que tout le monde m'insultait au volant. Pire. J'ai rêvé que tu me trompais avec une fille plus jeune que moi et que tu me laissais seule avec les enfants pour aller vivre avec elle. Dans mon rêve, je vous voyais faire l'amour passionnément. Elle était habillée vulgairement comme une prostituée, elle avait les cheveux détachés, et portait des bracelets aux chevilles. C'est dire ! J'ai rêvé qu'elle te caressait partout, langoureusement, qu'elle te faisait des trucs que pour rien au monde je ne ferais à qui que ce soit. Quelle horreur quand j'y repense... Et toi, tu gémissais de plaisir.

J'ai rêvé que tu ne t'étais jamais aussi bien senti de toute ta vie.

J'ai rêvé que tu étais fou d'elle. Heureusement, ce n'était qu'un rêve.

© Texte et illustration :  Miriam Naïli

lundi, 26 mars 2007

Existentia liste

Je me demande comment font tous ces gens pour vivre seuls. Plus j'y pense et plus je me dis que ça doit être rudement insupportable. C'est vrai, être seul, c'est n'exister pour personne. C'est se lever le matin, les yeux encore gonflés de sommeil, n'avoir personne à embrasser, personne à qui raconter ses rêves, même les plus fous, personne qui vous sert votre petit-déjeuner au lit, café serré, orange pressée, personne qui vous entoure de ses bras, et vous dit que vous êtes l'unique, tant attendu, tant désiré, tant aimé, personne pour vous frotter le dos sous la douche, préparer votre brosse à dents, vous coiffer les cheveux, tendrement, personne avec qui parler du programme de la journée, des petites et des grandes choses à faire, personne pour choisir avec vous une tenue dans l'armoire, personne pour dire à votre mère de rappeler plus tard quand vous êtes au petit coin, personne qui vous accompagne au travail, vous embrasse langoureusement dans la voiture au coin de la rue et vous regarde jusqu'au bout avant de redémarrer, personne qui vous appelle au moins trois fois dans la matinée pour vous dire des mots tendres, des choses drôles ou qui font du bien, personne pour venir déjeuner avec vous le plus souvent possible, personne qui vous appelle au moins cinq fois dans l'après-midi, personne qui vous attend à la sortie un bouquet de fleurs à la main, personne qui vous écrit des petits mots doux, partout, partout, personne qui vous invite au restaurant le plus souvent possible, personne avec qui rentrer le soir à la maison, la main dans la main, personne qui vous ouvre la porte, vous débarrasse de tout ce qui vous embarrasse, vous embrasse, se fait tendre, un peu plus, personne qui vous prépare le dîner, puis vous mène dans la chambre, tamise la lumière, juste un peu, ouvre délicatement les draps, vous entoure délicieusement de ses bras. Quelqu'un qui sait parler à votre corps, avec les mains d'abord, une main de soie, qui suit les courbes, qui vous tourmente, c'est bon, c'est bon. Personne qui remonte la couverture sur vous pour faire le nid, douillet, personne qui vous baise chastement le front avant de souffler la bougie. Personne avec qui aller au cinéma, courir sur une plage en vacances, cueillir des chanterelles à l'automne finissant, s'asseoir sur un banc pour regarder passer les gens, personne qui vous lit des passages d'un de ses livres préférés, personne qui vous apprend à jouer aux échecs, patiemment, personne qui vous regarde, personne qui vous trouble, personne qui vous touche, personne qui vous étonne, personne qui vous console, personne qui vous admire, personne qui vous encourage, personne qui vous gâte, personne qui vous désire, tout le temps, personne qui vous aime, personne qui vous souhaite votre anniversaire comme ça... C'est d'un triste !  Non franchement, je ne comprends pas comment font les gens seuls. J'avoue que pour moi, c'est un mystère. Rien que d'y penser ça me fait froid dans le dos. Ça doit être insupportable. C'est vrai, la vie à deux, c'est tellement mieux. A deux, on se tient chaud, on se serre les coudes, on est toujours plus fort pour affronter la vie. On fait quantité de choses ensemble, c'est extraordinaire. A vrai dire, je ne changerais de vie pour rien au monde.

Alors, dis-moi, qu'est-ce que je vais devenir si tu meurs ?

© Texte et illustration : Miriam Naïli

mercredi, 20 décembre 2006

Au parfum

 

Il adore les parfums.

Il en change tous les ans.

C’est charmant.

D’abord, quand je l’ai rencontré, il portait Jules.

Après le mariage, il a mis Egoïste.

Ensuite, c’était Contradiction

A présent, il a choisi Flirt d’un soir.

Si ça continue, sa femme va finir par se douter de quelque chose.

 

© 2005 Miriam Naïli-Dupont